Barthélémy Toguo
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L'Humanité, Lise Guéhenneux, 7 novembre 2006
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À Marseille, la colère de Barthélémy Toguo  

découverte. Deux lieux de la ville s’associent pour accueillir l’artiste camerounais. Entre lessivage du drapeau américain et personification du continent africain mutilé, bienvenue dans « La Magie du souffle ».

Le Fonds régional d’art contemporain et les ateliers de la ville de Marseille présentent deux expositions. Celle du FRAC insiste sur la dimension « performance » de l’oeuvre de Barthélémy Toguo tandis que l’autre s’ouvre sur de nouveaux chantiers et notamment le lieu de ressource artistique qu’est en train de créer Toguo au Cameroun (1).

Barthélémy Toguo mêle dans son oeuvre plusieurs vitesses de lecture. Lorsque l’on entre dans la cour du FRAC, le ciel y est recouvert des différents drapeaux africains. Cette tapisserie à travers laquelle le visiteur aperçoit le ciel est une bannière étoilée comme on peut le dire de la voûte céleste. Poursuivant le parcours, on trouve dans la première salle un ring de boxe rempli de parpaings et de briques cassées qui forment un tas en ruine. C’est une sorte de coup de poing qui nous accueille ainsi. On entre d’emblée et de façon explicite dans le vif du sujet. Toguo sature l’espace pour dire sa colère. Une autre vitesse, celle de la performance, occupe une grande partie de l’exposition qui veut plus particulièrement développer cette mise en spectacle très particulière dont l’artiste use pour souvent activer ses installations, soit qu’il lave le drapeau des États-Unis, soit qu’il caresse de gros tampons de bois qu’il a sculptés afin de reproduire les tampons trouvés sur son passeport, s’attardant tendrement sur celui qui porte le droit de résidence. De ces performances naissent des vidéos qui offrent une autre distance, un autre point de vue sur ce qui s’est passé et se rejoue en boucle.

Une autre vitesse de lecture de Toguo vient du dessin ou de l’aquarelle. Le dessin l’accompagne partout et lui permet chaque jour d’avoir sous la main un médium simple qu’il utilise comme une sorte d’écriture poétique. L’aquarelle prend des formats plus grands que le dessin et détermine une autre forme d’écriture, plus physique, proche de celles de certains expressionnistes allemands ou actionniste viennois, tel Gunter Brus.

Ces différentes vitesses correspondent à des temps différents, tel celui de voyage pour le dessin, qui se croisent dans la pratique de Barthélémy Toguo. L’artiste utilise également le moyen qui correspond le mieux à ce qu’il veut dire du monde mixant une formation dont le parcours part du Cameroun, de la France puis de l’Allemagne pour circuler, aujourd’hui, sur différents continents.

Mais il serait facile d’analyser de façon trop didactique une pensée artistique. Dans une de ses vidéos, l’artiste se présente de dos et la caméra commence par glisser lentement le long de son dos, à fleur de peau, pour finir sur le même personnage de face vêtu d’un simple pagne blanc dont l’entrejambe est ensanglanté. L’artiste se glisse dans la peau d’un personnage, celui du continent africain pour crier sa rage, et dans le même temps, le corps vit ses blessures. L’Afrique marquée dans sa chair, celle des travailleurs, des émigrés. La zone où les produits circulent et où les hommes sont arrêtés à toutes les frontières. Celle des flux organisés et du sida que l’artiste évoque dans une autre pièce. Et toutes les informations que nous en avons depuis l’Europe prennent corps, et le temps des flux, celui du flux sonore des médias, s’arrête alors. Le temps reprend son poids pour nous rappeler à la réalité du monde. C’est « La Magie du souffle », titre de l’exposition du FRAC, qui vient se rappeler au visiteur. Un bout de chemin dans ces expositions montre à quel point l’art peut vous projeter dans un espace que vous vous appropriez sans passer par un système figé de pensée. C’est cette liberté dont peut-être peuvent encore jouir les artistes généreux comme Barthélémy Toguo, et au-delà de toutes les classifications qui voudraient le cantonner au champ de l’art engagé ou à un prétexte à l’art des minorités.

(1) « La Magie du souffle », jusqu’au 16 décembre au FRAC PACA, et aux ateliers d’artistes de Marseille


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